Sans compter que nous sommes entravés par toutes sortes d’obstacles et de freins dans notre désir de faire le bien. Et le premier d’entre eux, c’est la peur : la peur de mal faire, mais aussi la peur de l’autre, la méfiance, le soupçon.
Oui, mais alors, qu’est-ce que chercherait à nous dire Jésus avec cette parabole ?
Revenons au texte.
Il y a d’abord un premier indice qui peut éveiller notre étonnement. Après avoir raconté la parabole, quand Jésus demande au légiste : « lequel des trois à ton avis est devenu proche … », ce légiste répond que c’est « celui qui a montré de la compassion envers lui » (v. 37), mais sans désigner explicitement le Samaritain. Or concrètement, ils sont deux à avoir pris soin du blessé : le Samaritain et l’aubergiste. Il n’y en a qu’un qui prend l’initiative, il n’y a en a qu’un qui ordonne et fournit les moyens (à savoir le Samaritain), mais dans la pratique, dans les faits, ils sont deux à avoir pratiqué des soins au blessé. Ce n’est donc peut-être pas un hasard si le légiste ne répond pas simplement en disant : « le Samaritain ». Sa manière de répondre laisse ouverte la possibilité qu’il désigne aussi bien le Samaritain que l’aubergiste.
Regardons maintenant de plus près la question que Jésus pose au légiste (v. 36) :
« Lequel de ces trois à ton avis est devenu proche de celui qui était tombé sur les brigands ? »
Cette question peut surprendre, car à ce stade du récit, si vous avez bien compté, « celui qui est tombé sur les brigands » a rencontré quatre personnes : le prêtre, le lévite, le Samaritain, …. et l’aubergiste. Il y a ici une vraie question : Pourquoi écarte-t-il un des personnages en donnant ce chiffre de trois ? Cette question, je ne suis pas le premier à la poser : il se trouve que le chiffre « trois » est absent de certains manuscrits de l’Évangile parmi les plus anciens (ce qui permet d’inclure, au moins potentiellement, l’aubergiste)
Alors comme le suggèrent certains commentateurs, il faut peut-être regarder du côté de cet aubergiste. C’est peut-être aussi de lui, et surtout de lui, dont il faut s’inspirer : prendre soin de ceux qui nous sont confiés, non pas pour faire le héros, ou pour jouer au blond de service, mais simplement, je dirais, parce que Dieu compte sur nous pour le faire. Prendre soin de ceux qui nous sont confiés, finalement dans notre propre auberge, sous notre toit, dans le périmètre de notre existence quotidienne (dans notre famille, dans notre travail, dans notre église).