Si nous poursuivons la lecture de l’Evangile de Luc, jusqu’à la Croix, jusqu’au jour de Pâque, nous assistons au même questionnement, de la part des détracteurs de Jésus :
Si tu es Roi, sauve-toi toi-même ? Si tu es Messie, donnes-nous encore un signe ? Sauve-toi toi-même ?
Les signes de la royauté, de la Messianité ne seront pas dans la recherche de toute puissance, dans l’assouvissement d’un désir personnel de puissance, dans la recherche d’un effondrement d’une civilisation, dans la recherche de boucs émissaires, dans la désintégration des fraternités, des sororités.
Cette royauté s’exerce bien autrement. Et c’est sans doute ce qui a toujours désarçonné les croyants de tous les temps
Nous aspirons tous à un monde meilleur, à un monde moins complexe.
Les disciples sont remplis de joie et se nourrissent d’attentes du miraculeux, de l’extraordinaire, d’un règne qui éradiquerait toute souffrance, toute maladie, qui aplanirait les obstacles, qui arracherait toutes les ronces qui jalonnent nos vies ?
Peut-être nous arrivent-ils aussi d’avoir cette petite musique en tête, cette aspiration à être au bénéfice d’un miracle, d’un geste extraordinaire ?
Attendons-nous un Roi qui est un grand guérisseur, le guérisseur de tout le monde ?
2. Avec ce récit, tel que Luc nous le raconte, nous pouvons nous interroger également sur le contenu de nos paroles, de nos cris.
Allons-nous demeurer dans la louange ? Allons-nous témoigner d’une royauté à nulle autre pareille ? Allons-nous alimenter l’attente du miraculeux, de l’extraordinaire ?
Ou
Témoignerons-nous d’une présence, d’un accompagnement, d’un soutien dans tout ce que nous pouvons vivre, faire ?
Attendons-nous des solutions simplistes, dans la construction de nos relations avec notre prochain, de nos relations au sein de nos communautés ecclésiales, nationales, de nos relations intercontinentales.
Ou
Attendons-nous la présence de Dieu dans la construction de nos fraternités, de nos sororités ? Attendons-nous davantage de bienveillance, de sollicitude, d’amour, de Paix ?
Oui, du temps de Jésus, c’était déjà complexe de témoigner de cette royauté, d’en vivre les signes, d’en exposer les prémices.
Bien des personnes s’élevaient déjà contre les paroles et les gestes de Jésus.
De tout temps, il est des personnes qui viennent dire : « Maitre, reprends tes disciples ».
Ce n’est pas politiquement et religieusement correcte de manifester de la compassion, de la solidarité avec les plus vulnérables, les plus fragiles d’entre nous.
3. A l’écoute de ce récit, je vous propose d’ être parmi la foule
Imaginez voir et entendre les disciples.., les joies proclamées ; Voir et entendre les détracteurs ….ces détracteurs qui demandent à Jésus de se taire !
Jésus parle à contre-courant de certaines aspirations humaines, lorsqu’il dénonce les injustices, lorsqu’il témoigne de la dignité de chaque vivant, lorsqu’il vient appeler quiconque à prendre soin de chaque vivant. Il vient dévoiler le plan de Dieu, qui entre en confrontation avec l’élan naturel humain. Il persévère malgré l’opposition grandissante.
Il témoigne d’une puissance de l’amour qui prend chaque jour le risque d’être bâillonné, d’être tué.
Aujourd’hui encore, il est demandé à des chrétiens de se taire, parce qu’ils seraient des hurluberlus, des idéalistes, des personnes déconnectées des réalités mondaines, économiques, sociales …
Et pourtant Jésus n’a eu de cesse que de parler d’amour, de paix. Dans un monde complexe, cloisonnés par des règles religieuses, politiques, il s’est approché de chacune, de chacun, pour témoigner d’une bienveillance de Dieu pour toutes ses créatures, pour toute sa création.
Et c’est ce que l’Evangile de Luc nous transmet en filigrane.
Si nous n’avons plus de voix, si nous ne pouvons plus rien dire, au sein de notre monde, à nos enfants, à nos petits-enfants….
S’ils sont remplis de désespérance, remplis d’inquiétudes, vis-à-vis de l’avenir, souvenons-nous de cet élan inlassable de Dieu qui se dévoile en Jésus-Christ, de Jésus qui persévère à conjuguer l’amour, la paix, dans un monde qui rejette l’exercice de cette royauté d’amour ! L’amour et la paix demeurent à l’horizon de notre présent et de notre avenir.
Les pierres, nous savons bien qu’elles ne peuvent pas crier. Et Jésus atteste que les pierres crieront si les humains se taisent. Le Salut de Dieu prend le risque de la contestation, de l’effacement mais aucune réalité terrestre n’arrivera à le contenir totalement.