Le statut de la femme

Prédication du dimanche 16 juillet 2023 à l'Espace Marie Durand.

Culte du dimanche 16 juillet 2023

Prédication par Nadine Perrier d’aprés une prédication de Louis Pernot

Texte Biblique

Jean 20:11-18,

Galate  3:26-29

 

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    D’après les textes que nous avons lus, vous l’avez peut-être deviné, ce matin je veux parler du statut des femmes dans la Bible et aussi un peu plus largement. Je me suis beaucoup inspirée d’une prédication du Pasteur Louis Pernod qui nous apporte une réponse théologique au statut des femmes dans la bible notamment sur des propos tenus par Paul.

    Le statut de la femme est souvent évoqué quand on parle de l’Islam. Pourtant il faut bien admettre que le christianisme n’a pas trop à se vanter. Les textes choisis pour cette prédication mettent à l’honneur des femmes ou mentionnent l’égalité « homme-femme ». Pour autant, on trouve des textes qui ne valorisent pas les femmes et on ne peut pas dire que l’Eglise ait une conception de la femme particulièrement moderne. Et aujourd’hui encore, des Eglises chrétiennes ne sont pas exemplaires, certaines d’entre elles n’acceptent pas, par exemple, le ministère féminin de pasteur (ou de prêtre)…

    Mais indépendamment de ce qu’en a fait l’Eglise, il est bon d’essayer de voir ce qu’il en est dans la Bible. Nous qui connaissons pas mal de textes bibliques, nous pouvons dire que l’homme y a clairement une place prééminente, sachant que la Bible a été écrite dans un contexte globalement patriarcal. Et pourtant si l’on regarde de plus près, et on l’a souvent dit, on s’aperçoit que les femmes jouent un très grand rôle dans la Bible et un rôle plutôt plus positif que les hommes. Les hommes de la Bible sont loin d’être parfaits, bon nombre d’entre eux ont beaucoup de travers, de défauts, font de grandes erreurs et commettent de graves péchés.

    C’est moins le cas des femmes, mis à part quelques-unes particulièrement mauvaises ou perverses, comme Jézabel qui a assassiné les prophètes, ou Salomé qui a demandé à Hérode la tête de Jean Baptiste sur un plateau, l’histoire sainte est parsemée de femmes qui ont un rôle essentiel. Je ne vais bien sûr pas vous les citer d’autant que toutes ne sont pas nommées.

    Les textes que nous avons lus, se trouvent dans le Nouveau Testament. Les femmes de l’Evangile sont également très nombreuses et toujours des personnages-clés. Là encore je ne vais pas les citer mais je veux quand même en évoquer deux : la mère de Jésus, Marie et Marie-Madeleine (Marie de Magdala) que Jésus affectionnait particulièrement. Et c’est Marie-Madeleine qui sera la première, témoin de sa résurrection, c’est elle à qui Jésus se révèle et c’est elle qu’il envoie pour annoncer la bonne nouvelle de l’Evangile aux hommes ! Marie-Madeleine est ainsi, au sens propre du mot, la première « apôtre » du Christ ressuscité.

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      Alors il est incroyable que de nos jours encore bon nombre de responsables d’Eglises considèrent qu’une femme n’est pas capable de prêcher la Bonne Nouvelle quand Jésus lui-même en choisit une en premier !

      Et puis (malheureusement) il y a Paul, et ses propos misogynes bien connus. Il dit : « femmes soyez soumises à vos maris » (Col 3 :18, Eph 5 :22) et aussi qu’« il est malséant à une femme de parler dans une église». (1 Cor 14 :35), il leur impose le voile et les cheveux longs (1 Cor . 11 :6), et on trouve aussi dans sa première lettre à Timothée (1Tm 2.11–15) des propos absolument abjects, insupportables qu’il vaut mieux même ne pas citer. Et donc, qu’en faire ?

      La première solution, serait, bien sûr de les appliquer à la lettre. Le pasteur Louis Pernod comme bien d’autres théologiens nous dit que ce serait une erreur, parce qu’il faut toujours chercher la cohérence dans l’Ecriture, et ne jamais prendre un passage isolé pour autorité s’il n’est pas confirmé par le sens global du message de l’Evangile. Or là précisément, ce rabaissement des femmes est totalement incohérent par rapport au reste de l’Evangile. Jamais on ne voit Jésus rabaisser une femme parce qu’elle est femme, jamais il ne traite différemment une femme d’un homme, et ce genre de propos lui sont totalement étrangers. Au nom de cette cohérence, nous dit Louis Pernod on peut refuser d’appliquer tels quels ces propos de Paul.

      La 2e solution est de dire qu’il s’agit de propos purement culturels, et de les écarter tout simplement. Paul appartient à son époque, et donc il parle comme quelqu’un de son époque. Effectivement, de son temps, les femmes n’étaient pas admises du tout dans les églises. Là, Paul dit, que les femmes doivent se taire dans les églises, cela veut dire qu’il leur permet d’entrer, certes sans parler, mais elles peuvent entrer. Ce qui est déjà un premier pas dans l’intégration au sein de l’Eglise. Et puis, on peut aussi cesser de tourner autour du pot et simplement dire que Paul dit ce qu’il veut et nous, nous pouvons aussi dire qu’on n’est pas d’accord avec lui. Nous sommes « chrétien », pas « paulien ». Donc on peut lire avec intérêt et respect ce qu’il écrit, mais penser que cela ne représente que son opinion à lui. Les façons de vivres et les réflexions sont trop liées au contexte historique et culturel de ce temps. Louis Pernod nous demande d’aller voir plus en profondeur et ici encore appliquer la cohérence avec le reste de l’Evangile.

      Alors, ce  Paul qui a dit des choses discutables, a aussi tenu des propos plus inspirés et essentiels quand il affirme dans Galates 3(28) que devant Dieu, « il n’y a ni homme ni femme ». Le prochain qu’il faut aimer, c’est le prochain, qu’il soit homme ou femme. Il y a certes des différences physiques bien sûr, Il y a des différences imposées par la culture, par exemple les vêtements, la coiffure, le comportement. Mais tout cela est secondaire, tant que cela n’entre pas ouvertement en contradiction avec le commandement de Dieu, homme et femme sont à égalité, parce que pour Dieu, « il n’y a ni homme ni femme ».

      Le Christ lui ne fait pas de distinction entre l’homme et la femme, il nous dit que la seule chose essentielle dans la relation interhumaine, c’est de rechercher l’amour. Or l’amour évangélique, ce n’est pas le sentiment amoureux, ni la sympathie, c’est une disposition d’esprit par rapport à l’autre, c’est l’ouverture, le respect, l’accueil de l’autre. Le Christ nous dit qu’il faut aimer son prochain (dont sa prochaine) « comme soi-même », c’est-à-dire à égalité, au même niveau que soi-même, en donnant à l’autre le même statut que l’on a soi-même. Cela reprend l’idée la création de l’homme où l’autre est créé pour être un vis-à-vis, « semblable à lui », pas inférieure, mais semblable. (Genèse) Ainsi, dans l’amour, et dans les relations que nous devons avoir avec quelqu’un de l’autre sexe, mais également avec une personne du même sexe, il ne peut y avoir de soumission ni de domination, pas de dévalorisation. La relation doit être équilibrée, l’autre étant accueilli comme un individu plein et entier, comme un vis-à-vis, un semblable.

      Notre Eglise Protestante Unie en 2018, a publié une brochure contre la pédo- criminalité et a contribué à l’élaboration du document « Accueil des mineures en Eglise », qui comporte un volet sur la prévention des violences sexuelles. Pour sa part, l’Union des Eglises Protestantes d’Alsace et de Lorraine a publié une résolution condamnant le harcèlement sexuel et psychologique.

      Nos églises sont extrêmement vigilantes sur le respect et l’égalité des relations en son sein. Elles n’hésitent pas encore aujourd’hui, à faire des campagnes de sensibilisation sur le sujet. C’est également le cas pour d’autres instances proches de notre Eglise et par exemple au sein des éclaireuses et éclaireurs unionistes de France qui veulent une totale transparence des révélations sur les violences sexistes et sexuelles et s’engage à combattre ces violences. Ils agissent dans l’éducation à des relations harmonieuses, à l’égalité des genres et en sensibilisant leurs membres. Il y a une réelle intransigeance pour faire cesser les blagues ou propos sexistes. De même ils s’engagent à réprimander tous gestes inappropriés ou violents.

      Je pense que c’est cela qu’il faut chercher, dans toute relation, y compris dans la relation de couple, entre parents et enfants, dans la famille plus large ou avec les amis. Parce qu’aimer c’est aussi accueillir la différence de l’autre sans vouloir qu’il devienne comme soi-même. C’est ainsi que la relation de couple a été prise dans la Bible comme une image de la relation entre l’homme et Dieu, Dieu aime l’homme et l’homme aime Dieu, mais Dieu ne demande pas à l’homme d’être Dieu, pas plus que l’homme n’aurait que faire d’un Dieu qui cesserait d’être Dieu pour être seulement homme. C’est alors que la relation est féconde, humainement, et spirituellement, chacun a son rôle, et chacun aime l’autre pour ce qu’il est, pour ce qu’il apporte à l’ensemble de la relation.

      Cela aussi est d’une grande originalité dans toute la Bible, il y est dit que Dieu fait « alliance » avec l’homme. Dieu fait alliance, c’est-à-dire qu’il a pour l’homme le plus grand des respects, la plus grande considération, et qu’il est nécessaire qu’il en soit de même de l’homme vis-à-vis de Dieu.

      Dans tous les cas, la fécondité, la vie, ne peut venir que dans la relation, dans la relation de complémentaires, dans l’altérité, et dans l’accueil de l’autre comme un autre « je », qui est un partenaire mis au même niveau que soi, c’est ça l’amour.

      Amen

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